En décembre 2001, l’Argentine devenait célèbre dans le monde entier, alors qu’elle traversait la crise économique la plus dure de son histoire. En tant qu’Argentines à Paris, on nous a souvent posé des questions imprégnées de compassion du type : « ça va votre pays ? Ça va mieux maintenant ? », Ce sont ce genre de questions auxquelles il est difficile de répondre, presque 7 ans se sont passés depuis ce moment très dur pour tous ceux qui l’avons vécu.
En ce moment, une autre période liée à cette crise est en train de s’achever à travers la fin du mandat du premier président élu par les Argentins le lendemain de ce moment douloureux
Nous souhaitons donc dans ce numéro de La Pause parler de ce qui s’est passé après 2001, pour porter un regard sur ce que ce gouvernement a apporté au pays, alors en plein effondrement. Cette année, les urnes appellent encore une fois un peuple à choisir un nouveau président, mais cette fois-ci de l’autre côté de l’océan, et comme les élections présidentielles argentines auront lieu à la fin du mois, nous vous présentons aussi dans ce numéro les candidats les plus importants et la situation politique d’Argentine aujourd’hui.
17 octobre 2007
Argentine 2001 - Octobre 2007
Depuis l’année 2001, l’Argentine a connu de nombreuses transformations, tant au niveau social, politique que culturel. Ces transformations ont vu le jour grâce à l’incroyable mobilisation des Argentins dans les rues de tous le pays, poussant le gouvernement de l’époque à la démission. Le peuple avait gagné.La crise a donc laissé les portes ouvertes à la naissance d’une nouvelle Argentine. Cependant, même si de nombreux changements se sont concrétisés, il reste encore beaucoup de choses à faire et à changer.
Lorsque le gouvernement, choisi par la grande majorité de la société, quitte sa place, le défilé d’hommes politiques à vouloir occuper le siège présidentiel commence.
Le premier à remplacer, Fernando de la Rua, a été Ramon Puerta, alors Président Provisionnel du Sénat. Le vice-président, Carlos Chacho Alvarez, avait déjà abandonné sa place pour cause de désaccord avec les décisions prises par son parti politique.
Le deuxième, Adolfo Rodriguez Saa, élu président par l’Assemblée Législative, n’est pas resté jusqu’en 2002, ce qui le pousse à présenter sa démission le 31 décembre de la même année.
Le troisième, Eduardo Camaño, Président de La Chambre de Députés, occupe provisoirement la place présidentielle, en attendant la désignation d’un nouveau chef d’Etat lors de prochaines élections.
Finalement Eduardo Duhalde, qui avait été battu par Fernando de la Rua lors des présidentielles précédentes, assume la présidence le 2 janvier 2002, élu par la majorité de l’Assemblé Constitutionnelle.
Parmi ses premières mesures, on trouve : la dévaluation de la monnaie qui a aidé à mettre fin à la Loi de la Convertibilité et l’application de nombreux plans sociaux destinés à atténuer les effets de la politique néolibérale des gouvernements précédents sur une grande partie de la population plongée alors dans une pauvreté et une indigence extrêmes.
Cependant, ce président poursuivait la politique menée jusqu’alors par ses prédécesseurs, ce qui créa les conditions d’un mécontentement grandissant de la part du peuple argentin, qui devait également subir le gèle de leur épargne détenue dans les banque, plus connu sous le terme de « corralito ». Les problèmes qui touchaient la population restaient sans solution.
Mais finalement, ce qui a achevé ce gouvernement a été une grève du Mouvement de Chômeurs à Buenos Aires, au cours de laquelle deux manifestants ont trouvé la mort lors des confrontations qui les opposèrent aux « forces de l’ordre ».
Cet événement conduisit Duhalde à présenter sa démission et à organiser des élections anticipées six mois avant la date prévue.
Son successeur fut Nestor Kirchner, que Duhalde a soutenu pendant les présidentielles. Il devint le premier président à être élu par voix électorale depuis Fernando de la Rua.
N’ayant pas obtenu la majorité des suffrages au premier tour de l’élection (22%) et se trouvant en possession de ballottage favorable face à l’ex-président Carlos Saul Menem (24%). Il parvint finalement à remporter les élections lorsque Carlos Menem décida de se retirer.
Comme il s’agissait d’un gouvernement qui n’avait pas été élu par la majorité des Argentins, il y avait de la méfiance envers lui.
Le pays était détruit au niveau économique, social et politique et la population croyait de moins en moins à la faculté des politiciens à redresser le pays.
Nestor Kirchner a pu compléter son mandat présidentiel, ce qui est déjà difficile dans un pays où les gens arrivent à renverser le gouvernement.
Il s’est occupé en premier lieu des problèmes sociaux. Ce qu’on lui reconnaît le plus a été l’abolition des Lois « Obediencia Debida y Punto Final » lesquelles avaient laissé les militaires responsables de la disparition de personnes, en liberté. Ensuite il a déclaré l’ESMA, (Ecole Supérieure de Mécanique de la Marine, le premier endroit de détention clandestine) comme Musée de la Mémoire et a décroché de ses murs les photos de principaux responsables du coup d’état de 1976, le militaire Jorge Rafael Videla et le général Roberto Bignone.
C’est le premier président à avoir eu la volonté de faire face à l’Armée et à la Justice, déplaçant la plupart des juges qui occupaient leur place depuis une quinzaine d’années.
Il a donné la parole aux Mères et Grand-Mères de la Place de Mai.
Ce qui s’entend en contre de sa politique, ce qu’il est trop autoritaire, et que l’économie n’est pas stable du tout.
Mais, ce n’était pas facile de relever un pays qui s’effondrait depuis 30 ans.
Lorsque le gouvernement, choisi par la grande majorité de la société, quitte sa place, le défilé d’hommes politiques à vouloir occuper le siège présidentiel commence.
Le premier à remplacer, Fernando de la Rua, a été Ramon Puerta, alors Président Provisionnel du Sénat. Le vice-président, Carlos Chacho Alvarez, avait déjà abandonné sa place pour cause de désaccord avec les décisions prises par son parti politique.
Le deuxième, Adolfo Rodriguez Saa, élu président par l’Assemblée Législative, n’est pas resté jusqu’en 2002, ce qui le pousse à présenter sa démission le 31 décembre de la même année.
Le troisième, Eduardo Camaño, Président de La Chambre de Députés, occupe provisoirement la place présidentielle, en attendant la désignation d’un nouveau chef d’Etat lors de prochaines élections.
Finalement Eduardo Duhalde, qui avait été battu par Fernando de la Rua lors des présidentielles précédentes, assume la présidence le 2 janvier 2002, élu par la majorité de l’Assemblé Constitutionnelle.
Parmi ses premières mesures, on trouve : la dévaluation de la monnaie qui a aidé à mettre fin à la Loi de la Convertibilité et l’application de nombreux plans sociaux destinés à atténuer les effets de la politique néolibérale des gouvernements précédents sur une grande partie de la population plongée alors dans une pauvreté et une indigence extrêmes.
Cependant, ce président poursuivait la politique menée jusqu’alors par ses prédécesseurs, ce qui créa les conditions d’un mécontentement grandissant de la part du peuple argentin, qui devait également subir le gèle de leur épargne détenue dans les banque, plus connu sous le terme de « corralito ». Les problèmes qui touchaient la population restaient sans solution.
Mais finalement, ce qui a achevé ce gouvernement a été une grève du Mouvement de Chômeurs à Buenos Aires, au cours de laquelle deux manifestants ont trouvé la mort lors des confrontations qui les opposèrent aux « forces de l’ordre ».
Cet événement conduisit Duhalde à présenter sa démission et à organiser des élections anticipées six mois avant la date prévue.
Son successeur fut Nestor Kirchner, que Duhalde a soutenu pendant les présidentielles. Il devint le premier président à être élu par voix électorale depuis Fernando de la Rua.
N’ayant pas obtenu la majorité des suffrages au premier tour de l’élection (22%) et se trouvant en possession de ballottage favorable face à l’ex-président Carlos Saul Menem (24%). Il parvint finalement à remporter les élections lorsque Carlos Menem décida de se retirer.
Comme il s’agissait d’un gouvernement qui n’avait pas été élu par la majorité des Argentins, il y avait de la méfiance envers lui.
Le pays était détruit au niveau économique, social et politique et la population croyait de moins en moins à la faculté des politiciens à redresser le pays.
Nestor Kirchner a pu compléter son mandat présidentiel, ce qui est déjà difficile dans un pays où les gens arrivent à renverser le gouvernement.
Il s’est occupé en premier lieu des problèmes sociaux. Ce qu’on lui reconnaît le plus a été l’abolition des Lois « Obediencia Debida y Punto Final » lesquelles avaient laissé les militaires responsables de la disparition de personnes, en liberté. Ensuite il a déclaré l’ESMA, (Ecole Supérieure de Mécanique de la Marine, le premier endroit de détention clandestine) comme Musée de la Mémoire et a décroché de ses murs les photos de principaux responsables du coup d’état de 1976, le militaire Jorge Rafael Videla et le général Roberto Bignone.
C’est le premier président à avoir eu la volonté de faire face à l’Armée et à la Justice, déplaçant la plupart des juges qui occupaient leur place depuis une quinzaine d’années.
Il a donné la parole aux Mères et Grand-Mères de la Place de Mai.
Ce qui s’entend en contre de sa politique, ce qu’il est trop autoritaire, et que l’économie n’est pas stable du tout.
Mais, ce n’était pas facile de relever un pays qui s’effondrait depuis 30 ans.
Les Candidats
Les élections présidentielles en Argentine auront lieu le 28 octobre prochain, nous vous proposons une liste des quatre candidats qui sont à la tête des sondages parmi les 14 qui se présentent aux élections. Pour mieux comprendre le climat politique argentin, il faut d’abord remarquer qu’aucun de ses candidats n’appartient à un parti politique traditionnel. A partir de la crise de 2001, la fragmentation des partis est très forte, ce qui a produit la combinaison des branches de ces partis soutenus par des personnalités charismatiques :
« La pingouine » ou « La rebelle »
Cristina Fernández, femme de l’actuel président argentin Néstor Kirchner et actuellement sénateur de la nation, est pour le moment en tête des sondages. Elle se présente sous les couleurs du « Front pour la Victoire » (Frente para la Victoria, FPV), faction électorale de centre-gauche créée en 2003, à l'occasion de la précédente élection présidentielle, la formation se réclamant « officiellement » de l'héritage du Péronisme.

Une autre femme, chrétienne de centre gauche est dans la liste des candidats. Il s’agit d’Elisa Carrio qui, selon les sondages, arriverait en deuxième dans la course à la présidentielle. Fondatrice du parti « Affirmation pour une République Egalitaire » (Afirmación para una República Igualitaria), elle représente la « Coalicion Civica », un mouvement qui dépasse les barrières de la politique traditionnelle, où le comportement de ses membres est placé devant leur idéologie. Il s’agit d’un espace pluriel de participation et consensus constitué par des groupes et des citoyens qui dans une diversité d’idées coïncident dans les principes de : République, Etique, et Distribution des Revenus Elisa Carrio était déjà devenue populaire en Argentine en dénonçant la corruption des gouvernements précédents, appelant, dans le contexte de désespoir politique de 2002, à manifester sous le mot d’ordre « Que se vayan todos » (« Qu'ils s'en aillent tous »).
Elle promet, entre autres, d'en finir avec "la corruption qui se termine quand les présidents cessent de voler". Elle se définit comme "une représentante de la classe moyenne capable de rallier les secteurs les plus défavorisés".
En politique étrangère, elle admet des affinités avec les présidents du Chili et de l'Uruguay, Michelle Bachelet et Tabaré Vazquez, "même s'ils sont plus à gauche". Elle pourfend le "populisme" du président vénézuélien Hugo Chavez et présente "la complémentarité de l'Argentine et du Brésil comme une nécessité en Amérique latine".
Roberto Lavagna, ancien ministre de l'Économie, de 2002 à 2005, durant les mandats d'Eduardo Duhalde et de Néstor Kirchner, est le candidat à se disputer la deuxième place selon les sondages. Avec son slogan : « Pare l’inflacion » (« Arrêtez l’inflation ») il préside le parti Una Nación Avanzada (UNA). Dans son plan, une importance primordiale est donnée aux problèmes de l’inflation, de l’insécurité et de la crise énergétique, accusant le gouvernement actuel de pratiquer une politique de l’autruche visant à ignorer ces problèmes.
Ricardo López Murphy, ministre de l’économie en 2001, est le candidat représentant le parti PRO Recrear (Recréer pour la croissance) formé en 2002 par d'anciens membres de l'aile droite de l'Union Civica Radicale. Néolibéral pur et dur et ex fonctionnaire de la dernière dictature, il est soutenu par le FMI, les militaires et la droite argentine. Son plan politique est basé principalement sur une économie du marché et vise à assurer la sécurité et la lutte conte la violence.
En matière de politique internationale, il préconise pour l’Amérique Latine une voix opposée aux actuelles expériences populistes latino-américaines soutenues par le président vénézuélien Hugo Chavez.
« La pingouine » ou « La rebelle »
Cristina Fernández, femme de l’actuel président argentin Néstor Kirchner et actuellement sénateur de la nation, est pour le moment en tête des sondages. Elle se présente sous les couleurs du « Front pour la Victoire » (Frente para la Victoria, FPV), faction électorale de centre-gauche créée en 2003, à l'occasion de la précédente élection présidentielle, la formation se réclamant « officiellement » de l'héritage du Péronisme.Dans son programme, elle défend le bilan du gouvernement dirigé par son mari depuis 2003 tout en adoptant pour slogan : “Le changement commence à peine”.
Elle met l’accent sur l’importance du dialogue social entre les travailleurs et les patrons afin de renforcer le modèle mis en marche au cours des quatre dernières années et insiste sur le fait que "L'économie reste le thème principal".
En terme de politique internationale, Cristina semble s’éloigner de celle menée jusqu’alors par son mari ; particulièrement en matière d’alliance, remettant en cause le rapprochement de l’actuel président avec le président vénézuélien et anti-américain, Hugo Chavez.
Elle met l’accent sur l’importance du dialogue social entre les travailleurs et les patrons afin de renforcer le modèle mis en marche au cours des quatre dernières années et insiste sur le fait que "L'économie reste le thème principal".
En terme de politique internationale, Cristina semble s’éloigner de celle menée jusqu’alors par son mari ; particulièrement en matière d’alliance, remettant en cause le rapprochement de l’actuel président avec le président vénézuélien et anti-américain, Hugo Chavez.
« Lilita l´ouragan »

Une autre femme, chrétienne de centre gauche est dans la liste des candidats. Il s’agit d’Elisa Carrio qui, selon les sondages, arriverait en deuxième dans la course à la présidentielle. Fondatrice du parti « Affirmation pour une République Egalitaire » (Afirmación para una República Igualitaria), elle représente la « Coalicion Civica », un mouvement qui dépasse les barrières de la politique traditionnelle, où le comportement de ses membres est placé devant leur idéologie. Il s’agit d’un espace pluriel de participation et consensus constitué par des groupes et des citoyens qui dans une diversité d’idées coïncident dans les principes de : République, Etique, et Distribution des Revenus Elisa Carrio était déjà devenue populaire en Argentine en dénonçant la corruption des gouvernements précédents, appelant, dans le contexte de désespoir politique de 2002, à manifester sous le mot d’ordre « Que se vayan todos » (« Qu'ils s'en aillent tous »).
Elle promet, entre autres, d'en finir avec "la corruption qui se termine quand les présidents cessent de voler". Elle se définit comme "une représentante de la classe moyenne capable de rallier les secteurs les plus défavorisés".
En politique étrangère, elle admet des affinités avec les présidents du Chili et de l'Uruguay, Michelle Bachelet et Tabaré Vazquez, "même s'ils sont plus à gauche". Elle pourfend le "populisme" du président vénézuélien Hugo Chavez et présente "la complémentarité de l'Argentine et du Brésil comme une nécessité en Amérique latine".
Roberto Lavagna, ancien ministre de l'Économie, de 2002 à 2005, durant les mandats d'Eduardo Duhalde et de Néstor Kirchner, est le candidat à se disputer la deuxième place selon les sondages. Avec son slogan : « Pare l’inflacion » (« Arrêtez l’inflation ») il préside le parti Una Nación Avanzada (UNA). Dans son plan, une importance primordiale est donnée aux problèmes de l’inflation, de l’insécurité et de la crise énergétique, accusant le gouvernement actuel de pratiquer une politique de l’autruche visant à ignorer ces problèmes.
Ricardo López Murphy, ministre de l’économie en 2001, est le candidat représentant le parti PRO Recrear (Recréer pour la croissance) formé en 2002 par d'anciens membres de l'aile droite de l'Union Civica Radicale. Néolibéral pur et dur et ex fonctionnaire de la dernière dictature, il est soutenu par le FMI, les militaires et la droite argentine. Son plan politique est basé principalement sur une économie du marché et vise à assurer la sécurité et la lutte conte la violence.
En matière de politique internationale, il préconise pour l’Amérique Latine une voix opposée aux actuelles expériences populistes latino-américaines soutenues par le président vénézuélien Hugo Chavez.
Pour approfondir….
Si vous souhaitez vous informer un peu plus sur L’Argentine d’aujourd’hui, nous vous conseillons « L’Argentine après la débâcle », publié par Michel Houdiard Editeur, Paris, septembre 2007.On trouve dans ce livre une diversité d’idées qui aident à comprendre la logique interne d’un pays qui veut grandir.
10 septembre 2007
LA RENTREE
On se rencontre une nouvelle fois dans LA PAUSE. En cette période de rentrée scolaire nous avons voulu aborder un sujet qui lie l’Argentine et la France dans ce contexte.
Dans ce numéro, nous aborderons le thème des étudiants argentins à Paris. Comment vivent-ils leur expérience universitaire dans la ville « la plus culturelle du monde » ? Pourquoi leur choix s’est-il posé sur Paris ?
Curieusement, c’est un étudiant français qui s’est déjà posé ces questions et qui a choisi d’en faire le thème de son mémoire de Master. Etant donné que nous sommes nous aussi des Argentines ayant choisi Paris comme la ville idéale pour continuer nos études, il nous a semblé intéressant d’apporter à notre propre expérience un regard extérieur, et de le faire collaborer à ce numéro, afin de pouvoir vous apporter une histoire plus complète, en deux dimensions. Une histoire vue à travers deux regards, argentin et français.
Bonne rentrée !
Dans ce numéro, nous aborderons le thème des étudiants argentins à Paris. Comment vivent-ils leur expérience universitaire dans la ville « la plus culturelle du monde » ? Pourquoi leur choix s’est-il posé sur Paris ?
Curieusement, c’est un étudiant français qui s’est déjà posé ces questions et qui a choisi d’en faire le thème de son mémoire de Master. Etant donné que nous sommes nous aussi des Argentines ayant choisi Paris comme la ville idéale pour continuer nos études, il nous a semblé intéressant d’apporter à notre propre expérience un regard extérieur, et de le faire collaborer à ce numéro, afin de pouvoir vous apporter une histoire plus complète, en deux dimensions. Une histoire vue à travers deux regards, argentin et français.
Bonne rentrée !
DES ETUDIANTS ARGENTINS À PARIS

Il est 19h, Gabriel me rejoint en dessous de la Tour Eiffel, à l’endroit où nous nous sommes donnés rendez-vous la veille pour effectuer un entretien en rapport avec le mémoire que j’écris sur « les étudiants argentins à Paris ». Levant les yeux au ciel pour bien apprécier l’étendue de la structure métallique, nous sentons traverser en nous l’incroyable masse qui nous surplombe. La Tour Effel est décidément bien plus impressionnante que ce qu’il imaginait, me dit-il. Il est vrai qu’en ce début de mois de septembre elle est particulièrement à son avantage. Les rayons de soleil de l’été apaisé la caressent d’une couleur rouge dorée qui laisse Gabriel rêveur. Arrivé d’Argentine il y a quelques jours, il se dit que son année universitaire commence plutôt bien.Tout comme Gabriel, de plus en plus d’étudiants argentins viennent chaque année peupler les bancs des facs parisiennes. C’est autour des témoignages de ces étudiants argentins, recueillis au cours de ma recherche, que l’article s’articulera. Nous y découvrirons certaines des raisons qui les ont attirées vers Paris et quelques anecdotes de leur vie universitaire parisienne. En voici quelques morceaux choisis.
Sachons pour commencer que, par la diversité et la renommée de ses universités, Paris représente une destination privilégiée pour bon nombre d’étudiants argentins, majoritairement enclins à se diriger vers les filières de Sciences Humaine ou de Lettres. Cet attrait provient probablement, selon Gabriel, de l’influence de grands sociologues français dont certains étudiants argentins se sont imprégnés tout au long de leur vie universitaire : "Je voulais faire une spécialisation après mes études et la France en sciences sociales a plutôt bonne réputation, et puis il y a Bourdieu, Barthes, Foucault, tous ces auteurs français qu’on a vu à la fac".
Mais la capitale bénéficie également d’un patrimoine culturel important très prisé par certains étudiants, comme nous le montre le témoignage de Flor, pour elle "l’image de la France en Argentine est très positive, c’est la culture, l’éventail des musées et les nombreuses possibilités de pouvoir confronter son esprit à de nouvelles expériences artistiques".
D’autres justifient d’avantage leur choix par l’impossibilité pour eux de poursuivre convenablement leur cursus au pays, comme nous le précise Carlos, doctorant en sciences politiques à Jussieu : "Je voulais faire des études doctorales et c’est assez dure de le faire en Argentine, les doctorats n’on pas bonne réputation, en plus jusqu’à la cinquième année si tu es dans une fac publique c’est gratuit, mais après si tu veux poursuivre tes études, ça devient cher". Il explique que le faible coût des frais d’inscription appliqués dans les universités françaises peut alors devenir déterminant pour des étudiants comme lui, désireux d’accéder à un enseignement de qualité et dont les ressources financières sont parfois restreintes.
Certains étudiants argentins peuvent également bénéficier d’un atout de poids au cours de leur séjour. En effet, les nombreux migrants d’Europe, italiens et espagnols en tête, arrivés au cours du XIXème et du XXème siècle en Argentine, permettent aujourd’hui à de nombreux argentins de pouvoir justifier d’une double nationalité. Disposant d’un passeport européen, certains étudiants argentins ont pu ainsi envisager plus sereinement leur année universitaire en France étant donné, qu’au même titre que n’importe quel européen, ils échappent aux obligations administratives qui accompagnent habituellement le séjour d’un étudiant étranger.
Pour Laura, avoir la double nationalité argentine et danoise lui apporte une liberté de mouvement qu’elle apprécie tout particulièrement. Elle nous explique de quelle manière elle joue sur l’une ou l’autre lors de ses déplacements :
" Lorsque je sors d’Argentine, j’utilise le passeport argentin et quand je rentre en Europe je montre le passeport danois ; ici je me suis inscrite à l’université en tant que danoise, c’est beaucoup plus simple, j’ai pas besoin de visa, de permis de travail, de carte de séjour, en fait j’utilise l’un où l’autre pour des questions de facilité"
Cependant, ce genre de cas de figure ne concerne pas tous les étudiants argentins venus étudier à Paris qui doivent, pour la plupart, se soumettre à des exigences administratives contraignantes, parfois même contradictoires, comme nous l’explique Marian, étudiante en Master à Sciences Pô :
" Par exemple, tu ne peux pas t’inscrire à la faculté si tu n’as pas de titre de séjour, et tu ne peux pas avoir de titre de séjour si tu n’as pas d’inscription à la fac…mais bon, tu parles avec quelqu’un de l’université, et il te dit, ok, bon, on peut t’inscrire sans problème, alors que l’affiche qui est collée sur le mur indique le contraire…tout ça peut compliquer la vie, mais comme en Argentine tout fonctionne un peu près comme ça, on a l’habitude,, par contre un étudiant allemand peut devenir fou ".
En cette période de rentrée, synonyme de stress et d’anxiété, n’hésitez donc pas, si vous apercevez un étudiant en sueur, perdu dans la jungle parisienne, qu’il soit d’Argentine ou d’ailleurs, de sympathiquement l’accompagner sur le chemin de la tranquillité et pourquoi pas lui souhaiter la bienvenue autour d’une Quilmes bien fraîche ou d’un bon Bordeaux !
Sachons pour commencer que, par la diversité et la renommée de ses universités, Paris représente une destination privilégiée pour bon nombre d’étudiants argentins, majoritairement enclins à se diriger vers les filières de Sciences Humaine ou de Lettres. Cet attrait provient probablement, selon Gabriel, de l’influence de grands sociologues français dont certains étudiants argentins se sont imprégnés tout au long de leur vie universitaire : "Je voulais faire une spécialisation après mes études et la France en sciences sociales a plutôt bonne réputation, et puis il y a Bourdieu, Barthes, Foucault, tous ces auteurs français qu’on a vu à la fac".
Mais la capitale bénéficie également d’un patrimoine culturel important très prisé par certains étudiants, comme nous le montre le témoignage de Flor, pour elle "l’image de la France en Argentine est très positive, c’est la culture, l’éventail des musées et les nombreuses possibilités de pouvoir confronter son esprit à de nouvelles expériences artistiques".
D’autres justifient d’avantage leur choix par l’impossibilité pour eux de poursuivre convenablement leur cursus au pays, comme nous le précise Carlos, doctorant en sciences politiques à Jussieu : "Je voulais faire des études doctorales et c’est assez dure de le faire en Argentine, les doctorats n’on pas bonne réputation, en plus jusqu’à la cinquième année si tu es dans une fac publique c’est gratuit, mais après si tu veux poursuivre tes études, ça devient cher". Il explique que le faible coût des frais d’inscription appliqués dans les universités françaises peut alors devenir déterminant pour des étudiants comme lui, désireux d’accéder à un enseignement de qualité et dont les ressources financières sont parfois restreintes.
Certains étudiants argentins peuvent également bénéficier d’un atout de poids au cours de leur séjour. En effet, les nombreux migrants d’Europe, italiens et espagnols en tête, arrivés au cours du XIXème et du XXème siècle en Argentine, permettent aujourd’hui à de nombreux argentins de pouvoir justifier d’une double nationalité. Disposant d’un passeport européen, certains étudiants argentins ont pu ainsi envisager plus sereinement leur année universitaire en France étant donné, qu’au même titre que n’importe quel européen, ils échappent aux obligations administratives qui accompagnent habituellement le séjour d’un étudiant étranger.
Pour Laura, avoir la double nationalité argentine et danoise lui apporte une liberté de mouvement qu’elle apprécie tout particulièrement. Elle nous explique de quelle manière elle joue sur l’une ou l’autre lors de ses déplacements :
" Lorsque je sors d’Argentine, j’utilise le passeport argentin et quand je rentre en Europe je montre le passeport danois ; ici je me suis inscrite à l’université en tant que danoise, c’est beaucoup plus simple, j’ai pas besoin de visa, de permis de travail, de carte de séjour, en fait j’utilise l’un où l’autre pour des questions de facilité"
Cependant, ce genre de cas de figure ne concerne pas tous les étudiants argentins venus étudier à Paris qui doivent, pour la plupart, se soumettre à des exigences administratives contraignantes, parfois même contradictoires, comme nous l’explique Marian, étudiante en Master à Sciences Pô :
" Par exemple, tu ne peux pas t’inscrire à la faculté si tu n’as pas de titre de séjour, et tu ne peux pas avoir de titre de séjour si tu n’as pas d’inscription à la fac…mais bon, tu parles avec quelqu’un de l’université, et il te dit, ok, bon, on peut t’inscrire sans problème, alors que l’affiche qui est collée sur le mur indique le contraire…tout ça peut compliquer la vie, mais comme en Argentine tout fonctionne un peu près comme ça, on a l’habitude,, par contre un étudiant allemand peut devenir fou ".
En cette période de rentrée, synonyme de stress et d’anxiété, n’hésitez donc pas, si vous apercevez un étudiant en sueur, perdu dans la jungle parisienne, qu’il soit d’Argentine ou d’ailleurs, de sympathiquement l’accompagner sur le chemin de la tranquillité et pourquoi pas lui souhaiter la bienvenue autour d’une Quilmes bien fraîche ou d’un bon Bordeaux !
Mathieu Dumesnil
UNE HISTOIRE DE MUSIQUE
Entretien avec Ezequiel Claverie, étudiant argentin à ParisEzequiel Claverie est arrivé à Paris à l’âge de 19 ans. Il est originaire de San Nicolas, une petite ville proche de Buenos Aires.
En Argentine, il étudiait le théâtre et faisait de la musique. C’est à ce moment là qu’il a commencé à aimer « la musique expérimentale ».
Il savait déjà que la France se caractérisait pour être le premier pays à faire de « la musique concrète » qui a inspiré beaucoup d’autres genres musicaux…
Ezequiel connaissait la France par ses idées de diversité et de liberté. Aujourd’hui il retrouve ces valeurs dans son université, à Paris 8.
Au début, il s’était renseigné sur les différentes universités de musique, à Paris, mais entre toutes Sant-Denis était la « plus cool ».
Dans cette université, il s’est senti comme un étudiant parmi tant d’autres. « Jamais je ne me suis senti comme un étudiant étranger, ils te reçoivent avec les bras ouverts et t’aident si tu as des fautes avec la langue française pendant les examens. Je crois que les professeurs aiment avoir des élèves du monde entier ».
Il a suivi quatre années d’études universitaires dont la première était destinée à tous ceux qui n‘avaient pas de connaissances basiques en musique. Il s’est ensuite spécialisé en « musique électronique contemporaine » lors de la dernière année.
« Tout ce que j’ai appris ici, je n’aurait pas pu l’apprendre en Argentine ».
À la fin de son cursus, il a pu présenter une de ses pièces à un concours, laquelle a été choisie pour être jouée à l’Institut Cervantes à Paris.
Son prochain but est maintenant de poursuivre ses études, mais cette fois à Londres.
« Je pars parce que j’ai appris tout ce dont j’avais besoin et maintenant je veux faire des études plus techniques que l’histoire de l’art où de la musique, donc je vais aller à Londres où c’est mieux pour tout ça ».
« J’ai fini l’université à Paris d’une belle manière et j’en garde un très bon souvenir».
En Argentine, il étudiait le théâtre et faisait de la musique. C’est à ce moment là qu’il a commencé à aimer « la musique expérimentale ».
Il savait déjà que la France se caractérisait pour être le premier pays à faire de « la musique concrète » qui a inspiré beaucoup d’autres genres musicaux…
Ezequiel connaissait la France par ses idées de diversité et de liberté. Aujourd’hui il retrouve ces valeurs dans son université, à Paris 8.
Au début, il s’était renseigné sur les différentes universités de musique, à Paris, mais entre toutes Sant-Denis était la « plus cool ».
Dans cette université, il s’est senti comme un étudiant parmi tant d’autres. « Jamais je ne me suis senti comme un étudiant étranger, ils te reçoivent avec les bras ouverts et t’aident si tu as des fautes avec la langue française pendant les examens. Je crois que les professeurs aiment avoir des élèves du monde entier ».
Il a suivi quatre années d’études universitaires dont la première était destinée à tous ceux qui n‘avaient pas de connaissances basiques en musique. Il s’est ensuite spécialisé en « musique électronique contemporaine » lors de la dernière année.
« Tout ce que j’ai appris ici, je n’aurait pas pu l’apprendre en Argentine ».
À la fin de son cursus, il a pu présenter une de ses pièces à un concours, laquelle a été choisie pour être jouée à l’Institut Cervantes à Paris.
Son prochain but est maintenant de poursuivre ses études, mais cette fois à Londres.
« Je pars parce que j’ai appris tout ce dont j’avais besoin et maintenant je veux faire des études plus techniques que l’histoire de l’art où de la musique, donc je vais aller à Londres où c’est mieux pour tout ça ».
« J’ai fini l’université à Paris d’une belle manière et j’en garde un très bon souvenir».
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